Osons IA à l'école

Osons l’innovation à l’école

Par Ugo Cavenaghi et Isabelle Senécal

En 2018, nous avons fait paraître Osons l’IA à l’école, un essai qui initiait le grand public et la communauté éducative au potentiel de l’intelligence artificielle en éducation. Nous y reprochions aux décideurs du milieu de l’éducation québécois leur manque d’envergure en matière de technologies émergentes. Alors que l’école est le train de queue de la société lorsqu’il est question d’innovation, nous suggérions qu’elle en devienne la locomotive. Nous formulions le souhait que la recherche et le développement occupe une place de choix en éducation, au service d’une école moderne et bienveillante.

Nous y évoquions les façons dont l’IA pourrait favoriser la réussite scolaire, en rendant possible l’analyse fine d’une grande quantité de données, afin de mieux comprendre la trajectoire d’apprentissage propre à chaque élève. L’IA permet également de personnaliser les parcours des élèves et d’assister les enseignantes dans les tâches de rétroaction et d’évaluation.

Les conséquences du manque d’envergure

Avec la crise sanitaire que nous vivons, de nombreuses écoles se retrouvent démunies devant le passage soudain à l’enseignement à distance. Nous voyons des élèves et des parents déboussolés, qui se sentent abandonnés par le système d’éducation. Nous voyons des enseignantes s’échiner à garder un contact humain avec leurs élèves et s’évertuer à les motiver à apprendre. Malheureusement, on ne leur a pas donné les outils et la formation nécessaires pour faire leur travail dans ce nouveau contexte.

Voilà la conséquence d’un système qui ne propose pas une vision innovante de l’éducation. Dans la dernière décennie, de nombreux spécialistes de l’enseignement ont pourtant tenté de convaincre de la pertinence des technologies à l’école, mais n’ont réussi à mobiliser qu’une minorité de personnes. La grande majorité des écoles a maintenu des pratiques pédagogiques d’un autre temps.

l’IA au service de l’enseignement à distance

Devant les difficultés qu’éprouvent actuellement autant de jeunes et de familles, il nous est encore plus pénible de connaître les bienfaits indéniables qu’aurait pu apporter l’IA pour soutenir l’enseignement à distance. Imaginons par exemple que chaque élève puisse avoir accès à un assistant virtuel, via son téléphone, une tablette ou un ordinateur. Cette application dotée d’IA aurait la capacité de répondre à ses questions et de l’orienter vers des ressources numériques ciblées en fonction de ses besoins et préférences (vidéo explicative, tutoriel, site web, etc.). L’application pourrait même analyser ses expressions faciales et lui offrir une rétroaction et des encouragements appropriés à ses réactions et émotions.

Grâce à l’assistant virtuel qui le guiderait en temps réel, l’élève apprendrait à son rythme et de façon quasi-autonome. Pour sa part, l’enseignante obtiendrait de précieuses données sur ses élèves et se verrait soulagée d’une partie de sa tâche. Elle pourrait alors focaliser ses énergies sur l’accompagnement pédagogique et socio-affectif, la planification d’activités pédagogiques créatives, ainsi que le soutien aux élèves en difficulté.

L’école que nous méritons

Bien que cet exemple apparaisse un peu futuriste pour l’instant, nous avons la responsabilité de nous y intéresser. C’est maintenant que le gouvernement doit encourager l’innovation en éducation, afin que des applications de ce type voient le jour dans les écoles. Nous croyons même que le milieu de l’éducation doit devenir l’un des berceaux de la recherche en matière d’IA et de technologies émergentes.

Si le Québec avait « osé l’école », il y a quelques années de cela, nous aurions aujourd’hui des écoles agiles et prêtes à réussir le mandat de l’enseignement à distance. Si nous osons l’école dès à présent, en investissant dans des solutions éducatives – notamment technologiques – qui favorisent l’accès de tous à des apprentissages de qualité, nous pouvons rêver d’une école plus inclusive pour le futur.

Nous avons le devoir d’envisager l’après-crise avec ouverture et créativité, afin que l’école de demain ne soit plus celle d’hier. De grands défis nous attendent encore. Retroussons nos manches et osons !